Portrait de Mansour Bahrami

Portrait de Mansour Bahrami

Le tennis reprend progressivement sa place dans notre quotidien puisque la saison 2019 commence tout juste, le temps pour nous de parler tennis avec un homme qui apporte beaucoup à ce sport, il s’agit de Mansour Bahrami ! Créateur du Trophée des Légendes et idole du public qui fait rire, il s’est confié à nous sans filtre sur pleins de sujets, à lire !

Portrait : Mansour Bahrami est un ancien joueur professionnel de tennis né en 1956 à Arak en Iran, il est âgé de 62 ans. Possédant la double nationalité franco-iranienne, il a dû quitter son pays jeune pour pouvoir jouer au tennis, il a donc rejoint la France et s’est battu pour pouvoir y vivre et voyager sur le circuit ATP.
Sa carrière ne fut pas extraordinaire en simple (192ème en 1988) mais il eut une carrière honorable en double avec 2 titres à Genève et Toulouse et une finale à Roland Garros ou encore à Paris-Bercy (actuel Masters 1000), il se classa même 31ème en 1987. Aujourd’hui, il organise le Trophée des Légendes à Roland Garros qui rassemble d’anciennes légendes du tennis, c’est un succès inconditionné et Mansour a conquis le cœur du public parisien par sa personnalité et son comique sur le court.

En complément de ce petit portrait introductif, voici l’interview de Mansour où l’on évoque le Trophée des Légendes, la Coupe Davis ou encore le tennis français

Bonjour Mansour, merci d’avoir accepté notre demande

Si tu devais te décrire en 3 mots…

Mansour : Sportif, drôle et honnête.

Quelle a été ta plus belle émotion sur un court de tennis et pourquoi ? Aujourd’hui encore, est-ce que tu y repenses souvent ?

Mansour : Ma plus belle émotion, c’est qu’à chaque fois que je rentre sur le court et que le public me regarde, cela reste toujours ma plus belle émotion. Ça l’est où que ce soit, à Roland Garros, Wimbledon, l’US Open, l’Australian Open, un match exhibition ou encore au Luxembourg. J’adore rentrer sur le court et jouer pour le public, les gens ont la banane et moi je vois leur visage s’éclaircir, je les vois rire et ils sont heureux de me voir. C’est ça qui fait que j’ai envie de jouer et j’ai envie de leur donner du plaisir, de leur donner ma passion du tennis.

2 (Zimbio)

Le Trophée des Légendes de Roland Garros a été crée à ton initiative, dans quel but tu as voulu faire cela ? Est-ce aujourd’hui une réussite à ton goût ?

Mansour : Complètement car il y a de plus en plus de monde qui vient voir le Trophée des Légendes, il y a parfois plus de monde que les autres matchs ! Dans quel but je l’ai fait ? J’étais vieux, je ne pouvais plus jouer de tournois à Roland Garros et je faisais des exhibitions partout à Wimbledon notamment. A Roland Garros, nous n’avions pas cela donc j’ai insisté auprès de l’ancien directeur qui était Patrice Clerc pour me laisser organiser le Trophée des Légendes. Il me disait « Mansour vous êtes trop vieux, ça ne fonctionnera pas », mais moi je revenais à la charge à chaque fois et puis au bout de 4 ou 5 ans il m’a dit : « On va essayer une fois, je sais que ça ne marchera pas et si ça ne marche pas, tu me promets que tu lâches ». Après ça, je lui ai promis et on l’a fait, quand il a vu le résultat ce fut incroyable, il a vu que les courts étaient pleins et on a continué. Maintenant cela fait 21 ans qu’on le fait, l’année prochaine ce sera la 22ème édition donc c’est sympa, et moi comme je ne jouais plus j’avais encore envie de faire partie de Roland Garros. Je ne regarde pas beaucoup le tennis et je suis incapable de rester là pendant 5 heures à regarder le match même si c’est ma passion, j’adore être sur le court et pas à l’extérieur.

Gérard Piqué a réformé la Coupe Davis avec son entreprise Kosmos pour qu’elle ne se joue que sur une phase finale en Novembre, quel est ton avis sur la question ? Es-tu d’accord quand on dit que l’on a « assassiné » la Coupe Davis ?

Mansour : J’aime beaucoup la Coupe Davis comme elle était jusqu’à maintenant, je pense que jouer devant son public est fabuleux et que quand les futurs joueurs professionnels ont 11/12 ans, ils ont tous cette compétition en tête sans exception, ils veulent représenter leur pays et donc jouer la Coupe Davis. Maintenant le tennis change, on verra ce que ça va devenir mais personnellement je suis un supporter inconditionné des Bleus et du tennis français, à chaque fois je me déplace pour aller les soutenir. Si ça se joue à Chicago, je n’irai pas et je dis cela sincèrement, je crois que si Allemagne-France se joue en Chine il y a de fortes chances que les Chinois s’en fichent. On va voir ce que le rendez-vous de l’année prochaine va donner, j’espère qu’ils ont raison et que ça va être bien car ça reste une compétition prestigieuse, c’est la plus ancienne et nous vivons la dernière année dans le format actuel.

3 (Luxsure)

« Quand il a vu le résultat ce fut incroyable »

Depuis Yannick Noah en 1983, aucun français n’a remporté Roland Garros, comment expliquerais-tu cela ? Le tennis français est-il « malade » à ton avis ?

Mansour : Je ne suis pas vraiment d’accord avec ça car le tennis français n’est peut-être pas au mieux mais il se porte assez bien malgré tout. Durant 10-15 ans, on a régulièrement eu des joueurs dans le top 10 et nous avons figuré parmi les 1ères nations à avoir un grand nombre de joueurs dans le top 100, une vingtaine à un moment. Il est vrai que ces dernières années il y a eu des joueurs exceptionnels comme Rafa, Roger, Murray, Djoko, Stan ou encore Del Potro, ils sont incroyables de part leur niveau de jeu, ces 12-13 dernières années ont été exceptionnelles.
C’est aussi une malchance pour le tennis français mais de là à dire que le tennis français est malade, je ne suis pas d’accord. C’est vrai qu’on aurait aimé qu’un Monfils, un Tsonga ou un Gasquet gagne Roland, Monfils a tout de même atteint par deux fois les demies. Aller battre des joueurs comme Nadal, c’est plus compliqué et je pense que dans 2-3 ans, si nous n’avons plus de joueurs dans le top 10/15 il faudra être inquiet. Je le suis pour les prochaines années, il faut attendre pour voir où on en est et j’aimerais beaucoup voir un Lucas Pouille remonter, qu’il revienne dans le top 10. Il y a des nouveaux jeunes qui jouent pas mal mais pour ça il faut attendre l’année prochaine voir où est ce qu’ils en sont. Lucas a eu une année excellente l’an passé, c’était moins bien cette année même si au début de la saison il a très bien joué. Il a été blessé à un moment, on verra l’année prochaine le résultat !

Tu possèdes la double nationalité française et iranienne, quels liens possèdes-tu avec l’Iran ? Qualifierais-tu ton destin de « tourmenté » ?

Mansour : Oui j’ai eu un destin tourmenté, comme tu l’as dit je suis franco-iranien et je suis très fier d’être français, je me sens français et chez moi ici. L’Iran est mon pays d’origine, je suis très fier d’être iranien également car ce sont mes racines, ma famille est là-bas et j’y vais chaque année pour visiter et pour les voir. Maintenant ma vie est en France, il y a ma femme qui est française et mes enfants, j’ai eu une vie tourmentée avec des hauts et bas mais aujourd’hui je suis heureux dans un pays libre où on est libre de nos mouvements. Si je souhaite jouer je peux et si je n’en ai pas envie je n’y vais pas, je fais ce que je veux.
Je n’étais pas libre de jouer au tennis chez moi et c’est pour ça que je suis parti pour être libre et pour vivre ma passion qu’est le tennis. Je suis très heureux car j’ai réussi, je joue aujourd’hui avec des joueurs qui ont été ex numéro 1 ou 2 mondiaux, je suis le seul avec le palmarès que j’ai qui joue avec des légendes. Quelque part c’est une chance et une reconnaissance qu’ont le public et les organisateurs envers moi, c’est parce que j’ai réussi à rapporter quelque chose, à faire quelque chose pour le tennis. Le sport m’a tout donné et j’essaie de faire ce que je peux pour promouvoir le tennis et pour faire aimer ce sport à des gens, ça arrive toutes les semaines et des gens me disent « merci de m’avoir fait aimer le tennis », pour moi cela n’a pas de prix.

4 (Sportsflu)

Combien de temps comptes-tu rester dans le tennis ? Est-ce que ce sport est devenu une « addiction » pour toi ?

Mansour : Oui c’est certain, ça fait 57 ans que je suis sur un court de tennis et je sais qu’à un moment donné il faudra que j’arrête, mais j’espère que ce sera le plus tard possible. Si je joue encore 2-3 ans ce serait fabuleux, en tout cas on me dit « Merci Mansour, heureusement que tu étais là », car presque chaque semaine partout où je vais jouer les organisateurs me disent « Merci Mansour ». S’ils continuent à me dire ça j’y retournerai, après si je vois que je ne fais plus rire personne sur le court j’arrêterai, mais pour l’instant ça fonctionne bien. Ils sont content de me voir et ça me fait aussi plaisir, je suis fier de les voir et ils ont toujours un mot gentil pour moi.

As-tu un petit message pour tes fans de toujours ?

Mansour : Je leur dis « allez y faites-vous plaisir, amusez-vous bien », surtout faites ça sérieusement et si vous arrivez au meilleur niveau, c’est fabuleux et si ça n’arrive pas, au moins vous prenez le plaisir à exercer le sport que vous aimez. Je leur dis aussi merci d’être fan, je vous aime.

Merci Mansour pour ta disponibilité et pour tes réponses à ces sujets, à bientôt !

Crédits photos : Zimbio, Zimbio (2), Luxsure et Sportsflu

 

Pavel Clauzard/Valentin Lefèvre – 30 Décembre

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